UNION EUROPÉENNE INTERREG

PROJET INTERREG SFAT

Mise en place d'un pôle de compétences à vocation régionale en Sécurisation Foncière et Aménagement du Territoire

 
   Réforme Foncière Malgache
 

 

 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

Contexte : crise foncière à Madagascar

 

Madagascar se trouve actuellement en situation de transition foncière. Les pouvoirs coutumiers qui géraient jusque là les rapports sociaux à propos de la terre, ont quasiment perdu leur rôle au profit de l’Etat, principal garant de la sécurité foncière. Cette évolution se traduit notamment par une demande exponentielle d’immatriculation foncière. Ainsi, les citoyens malgaches ont-ils pris l’habitude de recourir aux services fonciers d’Etat pour essayer de faire valoir leurs droits sur la terre avec un taux de réussite très peu élevé. En effet, à ce jour, sur un recensement de près d’un demi-million de demandes de titres effectuées auprès des services fonciers, une infime partie d’entre elles a réellement pu aboutir.  Résultat : aujourd’hui, seul 1/15e du territoire est titré.

Une première réponse de l’Etat, d’ailleurs récurrente, a consisté en la réalisation d’opérations cadastrales. Cependant, leurs coûts rédhibitoires (environ 70 dollars par hectare) constituent un frein majeur à leur généralisation ou ne pourraient s’envisager que dans le cadre d’un apport massif de fonds de la communauté internationale pour une efficacité, somme toute, assez contestable. De plus, se pose le problème des titres non mis à jour ou non renouvelés suite aux transactions et mutations de terres.

Face à la crise foncière, les usagers ont inventé un droit foncier local par défaut, fait de « petits papiers ». Ces actes sous seing privé, enregistrés par les démembrements locaux de l’Etat −fokontany et communes−, sont conçus de manière identique sur l’ensemble du territoire, malgré l’absence de normes nationales. Ces « petits papiers », qui accompagnent systématiquement les transactions sur la terre, ne sont pas reconnus par l’Etat et ne préservent donc pas leur détenteur de tentatives de spoliation provenant de l’extérieur.

Ainsi, c’est à une véritable crise foncière qu’a à faire la « Grande Ile ». Elle se traduit par l’incapacité des institutions à faire face à une demande massive de « titrages », gage pour les malgaches d’une sécurité foncière. Cette situation engendre une précarisation des droits, une certaine frilosité des investisseurs étrangers, une méfiance du tissu productif, une défiance généralisée à l’égard de l’Etat et en sa capacité à pouvoir résoudre le problème du foncier, un affaiblissement des autorités qui pourrait s’interpréter comme un véritable « déni» d’action.

 

Le Programme National Foncier  : la réforme foncière

En réponse à cette situation depuis 1999, des réflexions pour l’ébauche de solutions ont été entamées tant par de simples citoyens que par des collectifs issus de la société civile. Ces débats, autour de la question du foncier, ont abouti en 2003 à la constitution d’un Programme National Foncier (PNF) chargé de construire et de mettre en œuvre la future réforme foncière. Depuis cette cellule s’est attachée à définir les contours de cette réforme. Ce travail a abouti, en mai 2005, à l’approbation par le gouvernement de la lettre de politique foncière qui fixe les grands axes de cette réforme : 

  1. la restructuration, la modernisation et l'information des conservations foncière et topographique afin d'améliorer le service public rendu aux détenteurs de titres;

  2. l'amélioration et la décentralisation de la gestion foncière afin de mettre en oeuvre un dispositif et juridique et institutionnel local, renforçant les capacités des collectivités décentralisées (inter-communalités, communes, fokotany), pour répondre à la forte demande en documents garantissant la sécurité foncière de leur détenteurs;

  3. la rénovation de la réglementation foncière et domaniale afin d'adapter des lois au nouveau système domanial et foncier basé sur un principe de décentralisation, conformément aux orientations du gouvernement;

  4. un programme national de formation aux métiers du foncier afin de créer et de renforcer les compétences nécessaires à la mise en oeuvre de la Politique Foncière.

L’objectif principal de cette réforme est de répondre à la demande massive en sécurisation foncière, dans de brefs délais et à des coûts ajustés au contexte économique, par la formalisation des droits fonciers non-écrits et par la sauvegarde et la régularisation des droits fonciers écrits.

Le processus de réforme foncière initié par le Gouvernement malgache comporte trois étapes:

  1. une phase de détermination des orientations, achevée le 3 mai 2005 par la validation de la Lettre de Politique Foncière par le Conseil de Gouvernement,

  2. une phase de démarrage, prévue jusqu'en décembre 2007, au cours de laquelle la cellule de coordination du PNF doit appuyer la Direction des Domaines et des Services Fonciers pour réunir tous les éléments nécessaires au lancement de la phase d'extension nationale, à savoir:

    • rénovation des textes réglementaires;

    • la mise au point de procédures et de méthodes de gestion foncière décentralisée et de modernisation des services fonciers;

    • sélection des technologies appropriées;

    • la mise à disposition de compétences au profit des services fonciers et des collectivités territoriales;

    • la création d'une structure de financement et de gestion chargée de piloter l'extension de la réforme.

  3. Une fois ces éléments réunis, le PNF s'engagera dans une phase d'extension nationale.

Pour cette réforme, Madagascar est assurée de la participation de nombreux bailleurs de fonds. Parmi les plus importants, les financements de l’Union Européenne, de la Banque Mondiale et du Millenium Challenge Account sont en cours de mise en place. Actuellement, dans une phase pilote, le PNF travaille essentiellement avec l’aide de petits financements afin de mettre en place un réseau de sites pilotes.

C’est dans ce cadre que s’inscrit le projet INTERREG SFAT dont l’un des objectifs est de mettre en place, à Miadanandriana, l’un des premiers guichets fonciers communaux de Madagascar, mais aussi d’apporter au PNF des résultats, des outils et des méthodes permettant d’enrichir les réflexions sur la sécurisation foncière et l’aménagement du territoire et d’envisager la généralisation des guichets fonciers au niveau national.

 

Pour en savoir plus:

La lettre de politique foncière (version 01/2005)